La Langue des bêtes – Stéphane Servant

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Au fond des bois, vit une communauté d’anciens membres d’un cirque. Depuis très longtemps ils ne donnent plus de spectacle. Un jour, de grands travaux grignotent le territoire autour d’eux, et on oblige l’enfant de la famille, La Petite, à rejoindre l’école du village. Dans la continuité de son roman précédent, Le Cœur des louves, Stéphane Servant raconte une fable contemporaine, sur la perte de nos origines primitives, le rapport aux animaux et à la nature dans notre monde contemporain.


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La langue des bêtes est la confrontation de deux mondes opposés : celui de la civilisation que l’on connaît, puis celui de Petite qui est peuplé d’histoires. Ces dernières, tout comme les mots ont une place centrale dans le livre : ils sont dotés d’une force qui leur est propre et qui en fait des personnages à part entière.

« Parce que parfois les mots s’imposent à notre esprit comme des augures et que dès lors nous sommes soumis à leur seule volonté. Et c’est peut-être là qu’ils acquièrent leur vraie magie : quand nos propres mots nous submergent et font de nous des marionnettes de papier. » p.245

J’ai mis presque deux semaines pour achever ma lecture, non pas parce que je n’arrivais pas à accrocher à l’histoire, mais parce que c’est le genre de livre que l’on prend le temps de savourer pour s’imprégner des personnages si atypiques et de l’univers qui mêle réel et merveilleux. La première chose qui frappe dès les premières pages, c’est le style d’écriture -riche, très imagé et poétique- qui est un des principaux points forts du livre. Personnellement, j’ai immédiatement été happée par l’histoire grâce à la plume de l’auteur, grâce à laquelle il est très facile de s’imaginer mentalement les personnages et l’environnement qui nous accompagnent durant un peu plus de 400 pages.

Le second point fort est sans aucun doute les personnages : ils sont imparfaits, un peu décalés et différents. Ce sont ces caractéristiques qui les rendent si attachants et leur différence est centrale dans le récit : c’est à cause d’elle qu’ils risquent d’être chassés du terrain où ils vivent, à cause d’elle s’ils sont mal perçut et rejetés par les habitants du Village, et c’est à cause –ou plutôt grâce- à elle que j’ai tant aimé les personnages. Un certain mystère plane au-dessus d’eux : pourquoi ont-ils arrêté de faire des spectacles ? Pourquoi ont-ils décidés de vivre en marge de la société ? Toutes ces interrogations trouvent progressivement des réponses et nous permettent dans un même temps de découvrir le passé des protagonistes et les secrets qu’ils cachent. Toutefois, il faut savoir qu’il ne s’agit pas d’un récit rempli d’action : certes il y a des interrogations et des situations qui nous tiennent en haleine, mais c’est avant tout un « livre-conte » infiniment doux et dont l’histoire se déroule et s’étoffe lentement, mais sûrement. Il serait d’ailleurs difficile de vous parler des personnages sans spoiler, alors je ne parlerais que de Petite, et brièvement : au début de l’histoire, elle est avant tout une enfant insouciante et qui croit dur comme fer aux contes qu’on lui à toujours raconté, progressivement, elle grandit, mûrit sans pour autant changer radicalement. Ce livre c’est aussi ça, la confrontation du monde rationnel des adultes, à celui fantaisiste et merveilleux des enfants, et autant vous dire que du haut de mes 20 ans de jeune adulte, durant ma lecture, j’avais vraiment envie de me prendre au jeu et de croire à nouveau à ces belles histoires qui ont bercées mon enfance.

C’est dur de parler d’un livre aussi dense et aussi riche, mais s’il fallait le résumer en une simple phrase, ce serait qu’il s’agit d’un récit doux, poétique et réconfortant, qui mêle à merveille monde réel et fantastique, et qui aborde avec douceur et justesse la différence.

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« Nous mettions en scène ce qui fait que l’homme est plus qu’un homme. Qu’il est à la fois un animal et un Dieu. Capable de déclencher des tempêtes, de frémir devant une souris, de se faire respecter d’un fauve, de trembler au moment de la naissance comme à celui de sa mort. Ce mystère qui fait de nous des êtres doués de haine et d’amour. » p.54

« Mais à travers les histoires nous serons toujours ensemble. Une histoire, c’est comme une couverture de laine. Elle est faite de brins tissés. Personne ne sait qui à commencé à raconter. Mais on se passe la couverture, et de jour en jour, la couverture s’agrandit. Tout le monde peut venir se blottir en dessous, les vivants et les morts trouvent un endroit pour se réchauffer. C’est pour cela qu’il faut continuer à croire aux histoires et à les raconter. Parce que les morts vivent à travers les histoires. Avec les histoires, comme les brins tressés, nous nous tenons la main. Avec les histoires, rien ne disparaît jamais. » p. 70

« Mais nous les humains, nous sommes prisonniers de notre propre peau. Il n’y a nul endroit où nous cacher, ni des autres, ni de nous-mêmes. » p.172

« Les mots peuvent tuer oui, la Petite en est persuadée, ils peuvent tuer plus certainement qu’un coup de fusil. » p.196


Les + :

– Style d’écriture riche et poétique ;

– personnages atypiques et attachants ;

– histoire bien menée.

Les – :

– Ce n’est pas une histoire remplie d’action tout au long du récit et cela peut déranger les lecteurs qui préfèrent ce type d’intrigue.


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• Playlist Naturel Forest Peace : http://www.deezer.com/album/11867762

• Of Monsters and Men – Beneath The Skin : http://www.deezer.com/album/10474030

• Of Monsters and Men – My Head Is An Animal : http://www.deezer.com/album/1649798

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5 réflexions sur “La Langue des bêtes – Stéphane Servant

  1. Je suis tout à fait d’accord avec toi, tu retranscris à merveille la douceur du livre…
    Après tu ne parles pas de quelque chose de super important selon moi : l’antonyme en fait. Sa violence. La violence émotionnelle de la fin des histoires et de la fin de l’enfance…

    J'aime

  2. Pingback: Test / tag PKJ : la musique | Les Errances de Lyly

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